Il faisait bon en ce mercredi 25 octobre à Belmont. Ma mère, Thaly et moi sommes allés nettoyer et fleurir les tombes de mon papa et de mes grands-parents. C'est toujours un plaisir pour moi de retourner dans ce si joli village.

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En repartant, ma maman a eu cette phrase : "je pense que c'est la dernière fois que je viens ici". Je n'ai pas tiqué mais plus tard, quand je fus seul avec Thaly, celle-ci m'a confié : "ce que ta mère a dit au cimetière ne m'a pas plu". J'ai froncé les sourcils. Qu'avait-elle donc pu dire qui lui déplaise ? Thaly m'a alors rappelé la phrase de ma mère en me précisant : "elle avait des idées noires, elle se fait de mauvais films". Bon sang, je n'avais pas vu ça ainsi ! Je pensais qu'elle avait dit ça parce que ça la fatiguait. Ma p'tite maman est en effet fragile et amoindrie avec ce p*tain de cancer du sein. Son traitement est certes efficace mais il l'affaiblit également. Elle a bossé toute sa vie, elle nous a élevés ma soeur et moi alors que mon papounet était parti au ciel et voila qu'à son âge il faut qu'elle souffre de cette saloperie, elle qui a déjà des problèmes de hanche. Quand tu vieillis, c'est pas toujours drôle.

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Elle aura tout de même pris plaisir à admirer la belle nature. Lorsque l'on va à Belmont à l'automne, elle s'extasie toujours devant les jolies teintes colorant le houppier des arbres. Les feuilles changent de couleur, les décors paraissent féériques. Thaly, elle, aime toujours autant venir dans le village de mon enfance, même qu'elle y vivrait volontiers, en amoureuse de la nature qu'elle est. Elle apprécierait assurément le calme de cet endroit, sa beauté, son charme envoûtant.

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J'avais longtemps dit que je finirai ma vie à Belmont. J'étais un doux rêveur fasciné par cet endroit magnifique mais avec le temps j'ai changé d'avis. Outre les prés si charmants, les majestueuses forêts et le calme qui règne en maître absolu, il n'y a plus rien là-haut. Et ma belle de s'étonner : "ah bon ! Y a pas de médecin ?" Eh non, il n'y a ni médecin ni boulangerie, pas même une épicerie. On est loin des années 60 où il y avait une épicerie, un boulanger, trois restaurants, une école et des centaines d'animaux. Contrairement à maintenant où j'aime bien faire grasse mat, je me levais tôt le matin, étant gosse, afin d'aller avec le berger mener les vaches au pâturage. Je connaissais tous les recoins alentour, chaque verger, chaque chemin. Couché dans l'herbe, je guettais les sauterelles pour les voir bondir. J'admirais le vol des papillons s'en allant colorer le ciel à tire-d'aile. Et quand un papillon se posait sur ma main, j'étais heureux comme un roi, j'en étudiais ses couleurs, admiratif. J'avais mes potes et on courait, insouciants, à travers prés et champs. Mais ça c'était avant, comme dirait l'autre. Depuis mon AVC je sais qu'il vaut mieux ne pas être loin des medecine men, c'est plus sûr. C'est certes moins sympa que vivre tranquillement à Belmont mais qu'y faire ? Mais quoiqu'il en soit Belmont restera à jamais dans mon coeur.

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