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Patricia tenait à visiter la Champagne cette année pour ses vacances. Bertrand et elle sont donc partis le jeudi 8 août et ont décidé de pousser ensuite jusqu'à Strasbourg. "Si déjà on est là-bas, on viendra te voir" m'avait dit Patricia au téléphone. J'étais tout content. Bertrand souhaitant manger une choucroute, j'avais appelé au "Boeuf rouge" à Eckbolsheim pour savoir s'ils en proposaient au menu. La patronne m'a dit qu'avec ces chaleurs ils l'avaient retirée de la carte car ça ne marchait pas mais elle ferait une exception pour nous. J'ai donc réservé pour le samedi à 20 heures. Sauf qu'entre-temps, Patricia m'a prévenu qu'ils visiteraient davantage d'endroits que prévu, faisant notamment un tour à Verdun et qu'ils n'arriveraient finalement que dimanche. J'ai aussitôt rappelé la patronne du resto pour changer la date et elle m'a dit : "ok pas de problème". C'est sous la pluie que Bertrand et la soeur de Thaly sont arrivés le dimanche en fin d'aprème et Bertrand, toujours pince-sans-rire, m'a lancé : "décidément il pleut toujours quand on vient en Alsace". On s'est bu une petite bière tout en discutant de tout, de rien. Bien sûr on a évoqué le départ si lâche de Thaly puis on est passé à autre chose, d'autant plus que Pipou est rapidement venu voir Patricia. L'heure de se rendre au "Boeuf rouge" ayant sonné, on a pris ma voiture et je me suis garé sur le parking de la Mairie, à deux pas du restaurant... lequel était fermé. Koiksa ? Qué pasa ? "Fermé le dimanche soir" lut-on sur la porte d'entrée. J'ai pas aimé cette entourloupe, mais alors pas du tout. Du coup j'ai "bouffé" du bitume jusqu'à Oberschaeffolsheim à la recherche d'un resto ouvert. En montrant le panneau "Oberschaeffolsheim" à Bertrand, je lui ai demandé de prononcer ce nom et ma foi il l'a plutôt bien dit. Tout à coup j'ai songé à la Nachtweid. Si mes souvenirs étaient bons, ce restaurant réputé pour sa tarte flambée ouvrait le dimanche soir. Et comme Bertrand m'avait dit "je veux manger, peu importe s'il n'y a pas de choucroute" je suis allé là-bas. J'angoissais, le faux bond de la patronne du "Boeuf rouge" me restait en travers de la gorge. La Nachtweid était ouverte, alleluia ! Je fus soulagé. Comme d'hab Bertrand a plaisanté avec la serveuse qui portait un tee-shirt sur lequel était écrit "joli sourire" et finalement on a très bien mangé. Entre deux coups de fourchette, Patricia me confia son empressement de retrouver Jaffou, son fidèle toutou. Et Bertrand d'enchaîner : "pour elle Jaffou c'est le numéro 1, en 2 il y a son fils, en 3 les canards et moi je viens seulement en quatrième position". Eclats de rire. Dans la foulée, il demanda à la serveuse si le resto était une entreprise familiale. Lui est curieux de tout, s'intéresse à plein de choses, aux régions qu'il visite, à leur histoire, et caetera.

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De retour à la maison, on a encore discuté autour d'un café et j'ai donné son médicament à Pipou. J'ai laissé la chambre à mes p'tits choux médocains et j'ai dormi sur le canapé. Au moment de se coucher, Bertrand m'a appelé. "Viens voir !" Pipou était sur le lit avec sa copine Patricia. J'ai du le porter pour qu'il quitte la chambre et en plus il râlait. Durant la nuit il est venu me voir à plusieurs reprises et je l'ai cajolé. A 5 h30 du matin il revenait une énième fois, ne me lâchant pas. J'étais content car ces derniers jours il avait tendance à ne pas trop se montrer, suite à son opération. Je me suis levé et, sans faire de bruit, j'ai préparé la table : biscottes, pain, beurre, confitures et cake en attendant que mes hôtes se lèvent. Une fois debout, Patricia m'a dit que Pipou avait gratté à la porte de la chambre. Après le café et un brin de toilette, Bertrand n'avait qu'une hâte : prendre la route. "Je veux être chez moi ce soir" assura-t-il. J'aurais aimé qu'ils passent deux nuits ici, histoire de vadrouiller ensemble, de visiter certains endroits le temps d'une journée mais les deux furent tenaces. Leur virée loin de chez eux leur suffisait, ils voulaient regagner leur home sweet home. J'ai demandé à Bertrand d'emmener le carton dans lequel j'avais mis tous les albums-photos laissés là par Thaly. Il a pesté, m'a dit "pas question, mets-le à la décharge !" Comme j'insistais, ne souhaitant pas le trimbaler au déménagement, il poursuivit : "non, elle n'avait quà les emmener, ses photos !" Il ne lui pardonne pas ce qu'elle m'a fait. Il a appelé Patricia qui était à la salle de bain et celle-ci a avoué que je lui avais parlé de ça au téléphone, disant que ce sont des souvenirs, qu'ils donneraient le carton aux parents, qu'elle n'aurait qu'à le récupérer chez eux. Finalement Bertrand a pris le carton et avant de partir, Patricia m'a dit que je pourrais venir quand je veux, que je serai toujours le bienvenu. Planté au milieu de la route, j'ai regardé leur voiture s'éloigner en faisant de grands saluts de la main. J'ai apprécié leur visite, ça m'a fait chaud au coeur.

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