Pour la première fois depuis 2008, Thaly a pu fêter Noël dans le Médoc

A la fin de leur séjour chez nous cet été, Bertrand et Patricia avaient une idée derrière la tête : nous faire venir dans le Médoc pour Noël. Quand ils nous relancèrent en octobre, on a scrupuleusement étudié notre budget ; on ne pourrait (hélas) pas y aller. C'était compter sans la ténacité de Patricia, d'où la phrase typique : "ce que Pat veut, Dieu le veut". Elle put s'appuyer sur Bertrand qui nous dit alors : "je m'en fous, je viendrai vous chercher". Le sachant déconneur, on a cru à une blague. Sauf que lui, faut pas le défier au jeu des 1000 bornes... parce qu'il les a fait ces mille km séparant le Médoc de Strasbourg. Flanqué de Patricia, il est venu en Alsace en bagnole afin de nous amener en terre médocaine pour la venue du Père Noël. Du coup Thaly a proposé une bonne choucroute le soir de leur arrivée et Bertrand, grand mangeur, s'est régalé. 

1  2

Le lendemain, le samedi 23 décembre, nous nous sommes levés à 5 heures pour filer dans le Médoc. La route serait longue mais Thaly et sa soeur papotaient gaiement tandis que je m'assoupissais. On se souviendra longtemps de la pause de midi à Vichy, au McDo. Je suis allé direct au comptoir comme la dernière fois que j'ai mis les pieds dans un fast food (en des temps quasi préhistoriques) et on m'a prié de passer commande aux bornes. Koik'ça ? Fallait nous voir ramer devant le tableau digital, errant du bout de l'index de rubrique en rubrique. Quatre glands ! Et moi, au bord de la dépression nerveuse, de m'exclamer : "c'est encore un jeune con sorti des hautes écoles qui a trouvé ça". Bertrand rétorqua aussitôt : "arrête de critiquer !" Ebaubi, je l'ai regardé. Je n'ai toujours pas réussi à savoir quand il plaisante ou quand il est sérieux. J'avais sorti cette boutade parce que ça me rappelait le boulot et toutes ces grosses réunions théoriques où de petits arrivistes en costard-cravate fraîchement débarqués des hautes écoles proposaient des idées nouvelles et révolutionnaires, comme si tout ce qui avait été fait auparavant ne valait rien. Et d'appuyer leurs dires avec des graphiques faits de courbes, de "fromages" et de pourcentages, choses dont les patrons sont friands. Mais je m'égare ! Par contre Bertrand ne s'égara pas sur la route qui nous rapprochait de sa terre natale. Il multiplia pourtant les pauses en fin de parcours, fatigué mais ne voulant pas confier le volant de sa Peugeot 2008 à l'un de nous. Le zigue se sera coltiné 2000 km en deux jours. Un fou ce mec, j'vous le dis, un fou ! Mais un fou plein d'amour et de générosité. Thaly et moi avons été touchés par ce qu'ont fait pour nous ces jeunes mariés, allant jusqu'à nous prendre les billets d'avion pour le retour. C'est que Patricia tenait absolument à réunir pour Noël toute la famille autour de sa table. Lorsqu'on arriva à Avensan, la nuit avait déjà posé son manteau de velours noir sur la contrée et Jaffou fit la fête à Patricia avant de me faire la mienne en me léchant affectueusement.

3  4

Dans le même temps le papounet de Thaly, à nouveau hospitalisé, avait pu rentrer chez lui. Il informa Patricia de sa décision de ne pas venir pour le repas du 24 au soir. Question de prudence. De fatigue aussi. Le lendemain, peu avant midi, nous sommes donc allés avec Jérémy lui rendre une petite visite. Tout en prenant l'apéro il nous raconta ce qu'il avait enduré en faisant preuve, comme à son habitude, de pudeur et de sagesse. De retour à la maison, Patricia et Bertrand s'affairèrent à tout préparer, tout bien organiser pour que le festin de Noël soit parfait. Manon et Kevyn se pointèrent en début d'aprème, ce qui permit à ma petite femme de causer longuement avec son fiston. On aida tous la maîtresse de céans du mieux qu'on put : balayage du sol, tartinage des toasts.

5 

4b 

Le soir, Megan se pointa, fidèle à sa légende, de bonne humeur et souriante. Elle était accompagnée de Céline qui l'a hébergée après sa rupture avec Romain et qui, au boulot, est sa chef. D'emblée, Meg distribua aux convives des bonnets rouges de Noël à lumières clignotantes. En arrivant peu après, Corinne eut un grand sourire en nous voyant tous ainsi coiffés. "Ah mais y en a aussi un pour vous" s'exclama Megges. Il était 20 h30 et on en était à l'apéro. Patricia avait même pris soin d'acheter du Picon pour moi. Trop contentes de se retrouver, Corinne et Thaly s'étaient assises l'une à côté de l'autre afin de pouvoir papoter. Le défilé des plats débuta ensuite. Le menu était copieux : ris de veau, saumon puis foie gras puis chapon (Bertrand en avait cuit deux) avant le fromage et la bûche glacée, le tout accompagné de différents vins. Oyez braves gens, faisons ripaille, rions et festoyons, on n'a qu'une vie, profitons-en !

5b

6

Durant tout le repas, Megan aura beaucoup fait rire l'assemblée. Véritable clown, elle en sortit des bonnes (comme on dit) avec un impressionnant sens de la répartie et un humour décoiffant. Bertrand, lui, regrettait que je ne sois pas près de lui. Il m'interpela : "hé Jean-Jacques, tu te sens obligé de rester collé à ta femme ?" Voila qu'il m'appelait Jean-Jacques ! Je l'ai donc appelé Arthur. Ce fut le premier prénom qui me passa par la tête au moment de répondre. Discrètement, Jaffou était venu auprès de Patricia quémander quelque nourriture. Il eut droit à son Babybel quotidien et à un petit morceau de chapon de ma part. Il s'en alla ensuite montrer à Céline toute son affection en la léchouillant, ne la lâchant plus. Vint l'heure des photos "officielles" : les trois soeurs (Patricia, Corinne, Thaly) ensemble puis les enfants et ceci précéda un nouveau grand délire de Megan qui, en posant avec Céline, eut un fou-rire phénoménal. Ce fut ensuite la remise des cadeaux avec ce chouïa d'émotion au coin de l'oeil et de larges sourires. Cette merveilleuse soirée s'acheva à quatre heures du matin. Hormis Megan et Céline, tout le monde dormirait sur place.

6b 

11  10 

12  13

On arriva le lendemain chez Jocelyne et Eric (le frangin de Bertrand) avec une certaine appréhension. On les avait certes vu l'année précédente au mariage de Pat et Bertrand mais on n'avait guère discuté avec eux. On débarquait donc en terre inconnue en sachant qu'on resterait aussi pour le repas du soir et même pour la nuit. La maman des deux frérots discuta beaucoup avec nous dès notre arrivée, ce qui nous mit à l'aise. Le petit Maxence que l'on avait vu tout bébé l'an passé était là et tout le monde voulait poser avec lui. Eric vint ensuite causer avec Thaly et moi, me précisant que je serai assis avec les mecs. L'idée de ne pas être à côté de ma petite femme chérie m'angoissa quelque peu. Installé devant une assiette garnie avec, entre autres délices, cannelés et verrines fait maison, je me retrouvais au milieu de rugbymen. Pour en revenir deux secondes au menu, j'ouvre une brève parenthèse pour préciser que dans cette famille, tout le monde participe aux travaux culinaires. Ainsi Eric a t-il fait lui-même le foie gras, ses filles se chargeant de la confection d'une excellente bûche au chocolat. Bertrand me lança brusquement : "tu vois Jean-Michel, ils ont l'air calme comme ça mais attends qu'ils aient trois grammes !" Eric s'étonna : "et pourquoi tu l'appelles Jean-Michel ?" C'est à partir de là que ces joyeux drilles m'appelèrent à chaque fois Jean-Paul ou Jean-Philippe mais jamais Jean-Pierre. L'un d'eux dit même : "Ah ! il suffit de prendre Jean et tu mets le prénom que tu veux derrière". Ils se gaussaient, les bougres et je riais de bon coeur avec eux. Le repas, aussi copieux que la veille au soir, n'en finissait pas. Crépinettes, foie gras, dinde et une kyrielle de vins différents en accompagnement, de ces vins divins qui réjouissent le palais, libèrent les esprits et amènent les éclats de rire. En deux jours, j'aurais bu autant qu'en six mois. Du whisky en apéro au Champagne, via de l'Edelzwicker et du bon rouge, j'aurais tout ingurgité. Car ici c'est le Sud-Ouest, royaume de vignes gorgées de soleil, terre de rugby aux chaleureuses brises qui apportent la joie de vivre. 

21  19 

Au moment du café, à 18 heures (eh oui) je m'étais adapté aux blagounettes des rugbymen qui prenaient plaisir à souffler le chaud et le froid, discutant sérieusement, voire tendrement pour ensuite mieux taquiner. Je dois tout de même avouer que je fus quelquefois désorienté. De leur côté, Thaly et Pat avaient discuté tranquillement avec les autres femmes, s'occupant de temps à autre du petit Maxence, tout sage et tout mignon. Restait le repas du soir. Or, mon estomac ne criait plus famine depuis belle lurette et ma glotte était bien imbibée. Ce repas là se fit dans la foulée. Une soupe aux tomates arrivait avec, bien évidemment, le pinard de circonstance. Comme je certifiais que je n'en pouvais plus, que j'avais la panse pleine, les mecs ne manquèrent pas de me charrier. Même chose quand après avoir fini ma soupe -excellente, soi dit en passant- ils me proposèrent de faire chabrot. Quoi-t'est-ce ? Lorsqu'il reste un fond de potage dans l'assiette, il convient de le diluer avec du vin rouge et de boire. Ce coup ci j'allais tomber de ma chaise, m'écrouler. Aussi ai-je refusé mais les deux frères ont insisté. Jocelyne les admonesta afin qu'ils me lâchent un peu la grappe. Elle c'est une crème, toute douce, toute gentille. Après la dinde et les patates sautées, Bertrand et Eric décidèrent, comme chaque année, de jouer à la belote. Alex consentit à rester pour faire le quatrième alors que sa chérie souhaitait rentrer. Il s'associa à Jocelyne, les deux frangins jouant ensemble. Il y eut ensuite un dernier café puis ce fut l'heure d'aller au lit.

22

Mardi 26 décembre, 8 plombes du mat, Bertrand toque à notre porte. Jocelyne et Eric nous ayant laissé leur chambre pour la nuit, je mets quelques secondes à réaliser où je suis. Ma belle vient de sortir du lit mais je grommelle, j'ai la tête dans le fion, le réveil est plus que difficile. Eric est allé chercher les croissants. Jocelyne me propose un café. Après le petit déj on rentre... pour filer un peu plus tard chez la Francine et le papounet. Celui-ci a l'air d'aller déjà bien mieux. Apéro ! On discute du repas de la veille, on rit. Au moment de partir, Thaly se laissa aller à faire plein de bisous à son papounet adoré. En allant à la voiture, elle ne put retenir ses larmes. Patricia et moi nous sommes empressés de la réconforter. 

43  44

L'aprème fut calme et le lendemain matin, ce fut encore un réveil très matinal. Le vent avait soufflé toute la nuit et il pleuvait en cette fraîche matinée. Bertrand nous amena à l'aéroport de Merignac où il n'est jamais aisé de déposer les voyageurs. Le temps de sortir les bagages du coffre et de se dire au revoir, il y avait déjà quatre voitures au cul de la Peugeot de Bertrand. Faut dire que Patricia et Thaly, submergées d'émotion, n'arrêtaient pas de se faire des bisous. Une heure plus tard, l'avion décollait, retour à Strasbourg. On était partagés entre le souvenir des merveilleuses journées passées et la joie de retrouver nos chatounets dont Carole prenait soin chaque jour, allant les nourrir et prenant le temps de les câliner. Thaly aura eu son Noël en Médoc, un beau Noël auprès des siens, de tous ceux qui lui sont chers. Sans les soleils que sont Bertrand et Patricia, ça n'aurait pas été possible. On ne les remerciera jamais assez pour ça mais aussi pour les attentions multiples qu'ils ont eu envers nous, tous ces gestes d'affection distillés sans jamais en faire des tonnes, avec l'infinie gentillesse qui est en eux. Brigitte nous attendait à l'aéroport d'Entzheim avec une baguette de pain et des viennoiseries. Trop chou ! Une fois chez nous on a caressé nos chatounets puis, autour d'un café, on a raconté à Brigitte nos belles journées de Noël.