Après avoir décroché l'an passé son CAP de pâtissière, Carole vient d'obtenir son CAP de chocolatière. Récit d'un parcours qui ne fut pas sans embûches.

Non je ne vais pas radoter comme une vieille bigote ! Je sais que je l'ai dit maintes fois mais j'te l'dis quand même (comme le chantait Patriiiiick) : je suis fier de ma fille Carole. Elle a le sens des valeurs, elle est gentille et attentionnée, même si, ayant appris beaucoup de la vie, elle ne se laisse plus chier dans les escarpins. Elle n'en demeure pas moins sensible, ayant ce côté fragile qui la fait parfois basculer dans le doute, la mélancolie. Ce fut le cas en juin 2017 où sa situation professionnelle lui causa bien du tracas. Cela faisait un an qu'elle avait quitté l'hôpital de Hautepierre pour se lancer dans un CAP de pâtissière. Elle avait eu un gros coup de coeur pour la pâtisserie et réalisait déjà depuis pas mal d'années de formidables gâteaux aussi beaux que bons. 

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Prendre un nouveau départ la trentaine passée en changeant totalement de cap professionnel demande beaucoup de courage. Carole l'a eu, se montrant motivée. Encouragée par David, elle se décida à aller au bout de ses rêves. Sauf que l'enchanteur chemin de la pâtisserie aura finalement été semé d'embûches. Elle dut d'abord se dépatouiller pour trouver des stages pour toute la saison où elle alterna les cours et le travail chez des employeurs. Elle connut quelques stages fabuleux chez des pâtissiers réputés qui se montrèrent d'une gentillesse rare.

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Mais elle sera aussi passée par des entreprises où elle était exploitée, bossant plus d'heures que prévu et n'apprenant rien. Elle continuait de toucher son salaire de l'hôpital où elle avait pris une disponibilité et elle décrocha son CAP de pâtissière. Quand elle se mit en tête de faire une année supplémentaire afin d'obtenir un diplôme de chocolatière, ça s'est compliqué. Parce qu'on est en France. Et dans ce pays, les patrons qui embauchent des gens ayant entre 30 et 44 ans sont assommés par les charges. Il n'était donc pas question pour eux d'engager Carole qui se trouve justement dans cette tranche d'âge.

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Du coup ma fille dut demander à l'Hôpital de Hautepierre une nouvelle disponibilité. Jamais ça ne s'était fait mais la présentation de son projet et ses explications claires et nettes auront convaincu les responsables. Si bien qu'elle est partie pour une année supplémentaire dans l'univers de la pâtisserie. Etant payée par les Hôpitaux, elle était donc "gratuite" et, séduite par sa volonté, une patronne que je ne nommerai pas (ou bien si... appelons la Belzébuth) décida de l'enrôler. Mais c'eut été trop simple, trop "conte de fée". Belzébuth n'était qu'une hystérique lunatique faisant faire à Carole énormément d'heures supplémentaires, non payées évidemment. Je pense, par exemple, au jour où elle dut embaucher à deux heures du matin. Cette foldingue s'excitait pour des riens, allant jusqu'à insulter ses employés. Puis, soudain, elle s'excusait... avant de se remettre à gueuler dix minutes après. Une tarée ! En plus, Carole n'apprenait rien, nada, nothing. Elle parvint alors à trouver une place chez Michel à Illkirch où, enfin, elle put progresser, son patron lui permettant de créer tout en la poussant, en lui disant que seule la première place est belle. Il a apprécié son travail, sa conscience professionnelle et son désir de toujours apprendre. En plus elle aura effectué son job avec le sourire et un évident plaisir. Alternant son travail avec les cours à Eschau, Carole a ramené un très bon bulletin, finissant troisième de sa classe. Elle aura réalisé de sublimes oeuvres en respectant toujours les thèmes demandés. Voici ci-dessous quelques-unes de ses pièces maîtresses.

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C'est qu'avec le temps elle aura acquis la technique et la maîtrise dans la façon de travailler le chocolat. Mais aussi le sucre et le massepain. Elle pourrait te parler des heures de tout ça et j'avoue honteusement ne plus me souvenir des termes techniques qu'elle employait quand elle me racontait, radieuse et passionnée, comment elle avait fait telle ou telle pièce. Restait alors à passer l'examen de chocolatière qui se déroule sur plusieurs jours avec de la théorie et, surtout, de la pratique. Là, il s'agit d'abord de dessiner ce que l'on compte faire. A la fin le produit réalisé doit être bon mais doit aussi correspondre au dessin. Les membres du jury se baladent pendant l'examen, posant des questions aux candidats. Carole est toujours restée calme et appliquée. En sortant de cette ultime épreuve, elle était relativement confiante au vu des remarques faites par certaines personnes du jury. Mais elle demeurait mesurée dans ses propos, sachant qu'il ne faut pas vendre la peau du nounours... on connait le refrain. Restait à attendre la proclamation des résultats le 10 juillet. Et le long suspense a pris fin : Carole a obtenu son CAP de chocolatière. Elle m'épate, elle m'épate ! Quoique... j'étais sûr qu'elle réussirait. Parce qu'elle est une warrior qui repousse les limites de l'impossible, de l'impensable. Et je la félicite vivement. Il lui reste maintenant à trouver un employeur qui l'embauche définitivement. En attendant, elle bosse depuis fin juin à la Poste afin d'avoir un salaire, sa disponibilité ne courant plus.